Pensif

« Je regrette de ne pouvoir ajouter un psaume sur la pierre tombale, je suis une pauvre veuve et je n’ai pas les moyens de le faire maintenant. » Fanny Pitcher, mère de Walter Pitcher, Royal Newfoundland Regiment, mai 1920

Comment mesurez-vous le coût d’une guerre? Quels mots ne sauraient décrire ce qui venait de se passer?

Voilà les questions qui pesaient sur chacun après la déclaration de paix. Il était facile de savoir qui était absent. Mais combien nous avait coûté cet effort?

Le nombre de personnes disparues et blessées était stupéfiant. Et chaque ajout aux statistiques, un simple nombre, représentait la perte déchirante de quelqu’un.

Des distinctions officielles pour le service et la disparition ont été envoyées. Des parchemins commémoratifs, des médailles et une lettre du roi pour chaque vie fauchée. Certaines familles affichent fièrement ces distinctions, les remerciements pour ce sacrifice. D’autres les ont mis à l’écart et ne parlaient plus des membres de la famille absents. Comment du papier et du métal peuvent-ils remplacer un être cher?

Un sou pour une vie

Une plaque commémorative a été envoyée à toutes les familles de l’Empire britannique ayant perdu un être cher pendant la Première Guerre mondiale. Avec la même figure de Britannia que sur les pièces britanniques d’un sou, les plaques furent bientôt connues sous le nom de « death pennies » (sous de la mort). Aucun grade n’a été utilisé, rendant tous les décès égaux.

« Dites à mon père que je préfère être dans la situation où je suis maintenant, plutôt que de ne pas avoir pu me battre pour mon pays. » Walter Tucker, soldat, Newfoundland Regiment, à proximité de Gallipoli
Mort le 25 octobre 1915
« Je vais faire mon devoir, et si je suis tué, acceptez-le et soyez fier d’avoir eu un fils mort en devoir pour son roi et son pays ou pour la protection de sa mère et de sa famille. » Stephen Dicker, matelot, Newfoundland Royal Naval Reserve, NSM Clan MacNaughton
Mort le 3 février 1915
« C’est très triste de savoir que le brillant jeune homme qu’il était ne reviendra jamais, mais que la volonté de Dieu soit faite. » William H. Simms, père du soldat John Henry Simms, Royal Newfoundland Regiment, Fogo
John est mort le 7 août 1918
« Je suis bien seul ici, maintenant que tous mes amis sont partis. Je suppose que je serai le prochain. Ça m’est plutôt égal. Je suis fier de mourir pour mon roi et mon pays. » Victor Carew, soldat, Newfoundland Regiment, France, 1916
Mort le 20 novembre 1917

Ce qui reste...

Une plaque et un parchemin commémoratifs ainsi qu’une lettre du roi. Une reconnaissance officielle du sacrifice – de petits souvenirs rendant compte des réussites, des rêves et de la vie d’un être cher.

Quand David Winsor reçoit ces reconnaissances envoyées en l’honneur de son fils George, il écrit : « Combien ces emblèmes sont chers à mes yeux ».

Preuves du sacrifice

Le ministère de la Milice du gouvernement de Terre-Neuve fait parvenir aux familles ayant perdu un proche à la guerre un parchemin commémoratif signé par sir Alexander Harris, le gouverneur. La Commission des sépultures de guerre du Commonwealth envoie également une brochure avec une photographie de la tombe que de nombreuses familles ne verront jamais.

Répercussions politiques et économiques

« Les prix commencent à chuter et j’ai vu 100 livres de farine se vendre 2,50 $ » Souvenirs du matelot John Chaisson, Newfoundland Royal Naval Reserve, à propos du ralentissement économique de l’après-guerre, 8 août 1977

Les effets de la Grande Guerre résonnent dans les corridors des entreprises et du gouvernement. Notre économie en plein essor ralentit alors que les demandes de fonds publics augmentent, en particulier pour les soins et les pensions des anciens combattants. Le secteur de la pêche s’effondre, le gouvernement achète les services ferroviaires et côtiers et notre dette publique augmente en même temps que les ressources gouvernementales diminuent. Nos législateurs se disputent et les gens protestent, mais on ne trouve aucune solution durable.

Au-delà de nos côtes, la vie est également perturbée. Les années 1920 se terminent lorsque la Dépression commence. Nous abandonnons l’autonomie gouvernementale en 1934, puis la guerre revient en 1939. On parle de nouveau de la Confédération. Existe-t-il un lien reliant chaque événement traumatisant à l’autre?

La guerre éclate de nouveau

« Je m’opposerai toujours à l’envoi d’un autre fils de Terre-Neuve pour se battre et mourir en terre étrangère. » Sir William Coaker, 1930

Notre réaction à la Deuxième Guerre mondiale est très différente de celle à la Première. La conscience des coûts potentiels – en nombre de vies, en efforts et en argent – empêche la formation d’un régiment terre-neuvien. Les hommes se joignent plutôt aux différentes forces de Grande-Bretagne et du Commonwealth, y compris à des régiments de l’armée britannique : le 166th (Newfoundland) Field Artillery et le 59th (Newfoundland) Heavy Artillery.

Beaumont-Hamel et le Sentier du Caribou