Entraînement outre-mer : le début du chaos

« Nous avons suivi des entraînements faciles et difficiles [...] marché avec tout notre équipement. Dix milles [16 kilomètres], ce n’est presque rien, maintenant. » Curtis Forsey, caporal suppléant
Newfoundland Regiment, Écosse, 1917

Enfin! L’Atlantique est traversé et les bottes des régiments touchent le sol anglais. Mais il y avait du travail à faire avant que les volontaires de Terre-Neuve-et-Labrador ne puissent aller au combat.

De nouveaux rôles ont été appris et mis en pratique. Outre l’entraînement pour les services terrestres, maritimes ou aériens, certains hommes ont appris un métier : cuisinier, signaleur, tireur d’élite, brancardier. Les femmes bénévoles ont appris à soigner les blessés.

La fierté grandit à mesure que les gens se transforment et que des leaders émergent. Tous sentent qu’ils font partie de quelque chose qu’ils partagent, de quelque chose d’important. Ils ont tous hâte de passer à l’action, la vraie, se demandant ce qu’il en sera et ce que sera leur réaction.

Pour tous ceux qui sont partis à la guerre, le service outre-mer a apporté des changements considérables. Les Terre-Neuviens et les Labradoriens se retrouvaient dans des endroits et parmi des cultures et des langues que la plupart n’avaient jamais connus auparavant. Une fois en uniforme, les hommes et les femmes devaient s’adapter à des coutumes inconnues, apprendre la discipline et acquérir de nouvelles compétences. Ils devaient supporter le danger et l’ennui, et survivre à des conditions difficiles - parfois inimaginables. Leurs expériences les ont profondément marqués.

« Les exercices des recrues ont commencé [...] et en moins de [...] deux mois, nous ressemblions à des soldats. » Souvenirs du soldat Hubert Ridgley
Newfoundland Regiment, années 1960

Le régiment a mis en place un « dépôt » (quartier général) à Ayr, en Écosse (et plus tard à Winchester, en Angleterre), où se faisait l’entraînement pour l’action en ligne de front. Les marches au pas améliorent l’état physique des troupes, les exercices construisent la discipline et le travail d’équipe. Les hommes pratiquent l’utilisation de carabines, baïonnettes, mitrailleuses Lewis, mortiers de tranchée et grenades et simulent des batailles avec d’autres unités – la grande aventure continue.

Connaître le maniement des armes est une partie essentielle de l’entraînement. Les membres du Newfoundland Regiment apprennent à utiliser des grenades, des mitrailleuses et des fusils munis de baïonnettes.

Cas unique dans l’armée britannique, le Newfoundland Regiment a conservé son identité tout au long de la guerre et n’a recruté que des hommes de Terre-Neuve et du Labrador – une fierté nationale.

L’équipement des membres du Newfoundland Regiment est au départ composé de jambières bleues, de capotes canadiennes et de fusils Ross. Il est remplacé par des uniformes et des armes standards de l’armée britannique.

Formation des officiers

« Le cours [...] était centré sur des théories et des principes abstraits [...] d’application pratique limitée au cœur même d’une guerre de survie totale. » Souvenirs du capitaine Sydney Frost
Newfoundland Regiment, milieu des années 1970

De nombreux officiers du Newfoundland Regiment ont été recrutés à St. John’s et choisis selon leur niveau d’éducation, leurs capacités de meneurs d’hommes et leur expérience militaire antérieure. Ils ont suivi la formation standard des officiers britanniques une fois outre-mer. Les cours de formation devaient préparer les officiers à commander des hommes et leur enseigner la stratégie et la tactique, la formation de l’infanterie, la guerre de tranchées et le renseignement.

Fin de l’entraînement

« Nous avons rendu nos fusils Ross [...] fait aiguiser nos baïonnettes [...] en vue du service actif. » Souvenirs du sergent Anthony James Stacey
Newfoundland Regiment, années 1960

En juillet 1915, le Newfoundland Regiment était encore au camp Stobs – entièrement formé, non affecté et prêt à l’action. Les hommes attendaient impatiemment l’occasion de faire leurs preuves sur le front de l’Ouest. Avec le désastre ferroviaire de Quintinshill en Écosse, le régiment a plutôt été envoyé se battre à Gallipoli avec la Mediterranean Expeditionary Force.

« D’ici à ce que nous partions, nous aurons ici un groupe d’hommes endurcis, parce que nous faisons des activités militaires de 5 h 30 à 16 h 30, pratiquons l’escarmouche, la marche en peloton, en compagnie et des exercices physiques. » Frank « Mayo » Lind, soldat
Newfoundland Regiment
Camp Stobs, Écosse, 1915

Travail des femmes outre-mer

« J’étais tellement occupée à courir partout [...] que je ne pouvais même pas me demander si j’avais un cœur. » Souvenirs de Jeanette (Coultas) Wells
Détachement d’aide volontaire (D.A.V.), 1954

De nombreuses femmes s’occupent des blessés, tant à l’hôpital que près du front. Les infirmières professionnelles se joignent à des unités médicales existantes. Les membres du D.A.V. sont formées par la Croix-Rouge et la brigade de l’Ambulance Saint-Jean. Elles font de longues journées de travail partout où on a besoin d’elles – nettoyage, cuisine, soins aux patients, conduite d’ambulances – et voient de près les horreurs de la guerre.

Frances (« Fanny ») Cluett

Détachement d’aide volontaire

« Maman! Si seulement tu voyais certains des patients. Parle de la guerre. C’est un crime. Si seulement vous, à la maison, pouviez voir quelques-uns de ceux qui souffrent; ils sont tellement nombreux à être trop jeunes. »

En 1916, l’enseignante Frances Cluett quittait Belleoram, dans la baie Fortune, pour se porter volontaire. Elle a appris à diagnostiquer et stabiliser des blessures, à faire des pansements et à donner le bain aux patients. À Rouen, en France, elle s’occupera de prisonniers de guerre allemands. Elle trouvera le temps de peindre et de photographier ce qui l’entoure. Après la guerre, elle reprendra l’enseignement à Terre-Neuve.

Beaumont-Hamel et le Sentier du Caribou