Front intérieur :

la guerre apporte de nombreux changements

« Il incombe à tout sujet britannique de soutenir sa mère patrie. » Sir Walter Davidson, gouverneur
St. John’s, le 12 août 1914

Nous avons immédiatement réagi au déclenchement de la guerre. Le 8 août 1914, le gouverneur Davidson a promis à la Grande-Bretagne que le dominion de Terre-Neuve lèverait un régiment de cinq cents hommes et enverrait mille matelots.

Les gens de toute l’île et de tout le Labrador se sont portés volontaires. Les hommes se sont enrôlés avec enthousiasme et se sont entraînés à terre comme en mer. Avec la formation de la Newfoundland Patriotic Association (NPA), le Newfoundland Regiment a vu le jour, collectant immédiatement des armes et des uniformes pour le régiment.

La Women’s Patriotic Association a organisé des colis réconfort, a préparé des bandages et des chaussettes en tricot pour les envoyer à l’étranger et apporter « un confort familial » aux soldats loin de leur foyer.

Tout le monde s’interrogeait sur l’ennemi et sur la façon de défendre nos côtes.

En politique, en affaires, en religion, voire dans les milieux sociaux, de vieilles rivalités et alliances furent mises aux oubliettes. Les gens se sont rassemblés pour n’être plus qu’un, pour un roi et un pays. La guerre a porté atteinte à nos foyers, notre travail, nos collectivités, notre sécurité. Terre-Neuve-et-Labrador est devenue le « front intérieur ».

Déclaration de la guerre

« [Nous] combattons pour notre roi [...]
et pour l’honneur de Terre-Neuve. » Sir Walter Davidson, gouverneur, au
Newfoundland Regiment, St. John’s, 1914

Après des années de tension croissante en Europe, la guerre a évolué rapidement. Le 3 août 1914, l’Allemagne a envahi la Belgique. La Grande-Bretagne a ordonné aux Allemands de partir avant minuit. Ils n’ont pas bougé et la Grande-Bretagne a déclaré la guerre. En tant que dominion de l’Empire britannique, Terre-Neuve était également en guerre. La nouvelle fut accueillie avec enthousiasme.

Newfoundland Patriotic
Association (NPA)

« La rencontre [à Rose Blanche] a suscité l’enthousiasme. L’association patriotique [fait] un très bon travail. » Archibald W. Piccott, ministre de la Marine et des Pêches,
au gouverneur Davidson, février 1915

Le 12 août 1914, une foule importante s’est rassemblée à l’arsenal de la CLB, à St. John’s. Quelque cinquante leaders de la communauté ont été désignés pour établir comment Terre-Neuve – sans armée – participerait à la guerre. Ils fondèrent le National Patriotic Committee, plus tard rebaptisé Patriotic Association of Newfoundland, ou NPA, pour diriger les efforts.

« [Mon père] n’aurait pas été un fainéant, resté sans s’engager. » Sarah Reid, fille du soldat Abram John Verge
Newfoundland Regiment, 2014

À la première réunion de la NPA, la Church Lads’ Brigade a entonné des chants patriotiques comme ceux-ci. Appuyez sur le bouton pour en entendre quelques-uns.

Joignez-vous au combat!

« J’ai dit que nous étions pauvres financièrement et riches en hommes habitués à affronter les difficultés sans fléchir. » Sir Walter Davidson, gouverneur
St. John’s, août 1914

L’appel à la mobilisation a été reçu par la population de différentes façons. Beaucoup ont répondu rapidement – pour devenir soldats, marins, médecins, infirmières, ouvriers  – conscients de l’importance de leur contribution, et croyant que la guerre se terminerait bientôt.

Certains se sont enrôlés poussés par le sens du devoir. D’autres ont profité de l’occasion pour gagner de l’argent. Les hommes comme les femmes y ont vu une occasion d’aventure et de voyage. Leurs choix – de s’engager ou non – dépendront de leurs convictions personnelles, du contexte familial et du soutien de leur communauté.

D’aucuns maintiendront leur engagement envers l’effort de guerre. D’autres changeront d’opinion au fil des événements.

« Pouvez-vous résister à l’appel? »

« Une foule hétéroclite s’est massée dans l’arsenal de la [CLB] à St. John’s [le 12 août 1914]. » Souvenirs du caporal suppléant John Gallishaw Newfoundland Regiment, 1916

Rapidement, la NPA a tenu des campagnes de recrutement à la grandeur de Terre-Neuve et du Labrador, à l’aide d’affiches comme celle-ci (à droite), utilisée à Harbour Grace. Celles-ci misaient sur la fibre patriotique, plus particulièrement celle des membres des corps de cadets. La perspective d’un revenu régulier était alléchante pour les chômeurs, alors que les emplois stables étaient rares.

Faites-vous le poids?

Au début de la guerre, le régiment applique des normes strictes. On recherchait des hommes célibataires, entre 19 et 35 ans, pesant plus de 140 livres (63,5 kilos). Avec le temps, à court d’hommes, les critères changent.

Selon vos propres mesures, auriez-vous pu vous enrôler?
Évolution des critères

Date État civil Âge (années) Taille Poids Torse
Août 1914 Célibataire 19-35 5 pi 4 po 140 lb. 35 po
Décembre 1914 Célibataire 19-36 5 pi 3 po 120 lb. 34 po
Mars 1915 Célibataire 18-36 5 pi 112 lb. 34 po
1917 Célibataire/Marié 18-36 5 pi 112 lb. 34 po

 

Organisations paramilitaires

« Trente-deux membres de la [Durrell Arm Lads’ Brigade] [...] se sont rendus à St. John’s et s’y sont enrôlés. » Récit de Carol Anne Andrews, petite-nièce du soldat Frederick White
Newfoundland Regiment, mai 2014

Si Terre-Neuve n’avait pas d’armée, plusieurs organisations paramilitaires assuraient un entraînement du même ordre aux jeunes hommes. Dirigées par des groupes religieux ou laïcs, elles visaient à former le caractère et inculquer la responsabilité civique. Chacune a son propre insigne et sa boucle de ceinture. Les membres de ces groupes seront parmi les premiers volontaires à s’enrôler.

La ruée vers les bureaux d’enrôlement

« [Nous avons offert] nos services et peut-être même notre vie afin que ceux qui sont demeurés chez nous puissent vivre en paix. » Souvenirs du soldat Hubert Ridgley
Royal Newfoundland Regiment, années 1960

Les citoyens ont répondu à l’appel en grand nombre. Dans tous les milieux, hommes et femmes se sont engagés pour avoir du travail, vivre une aventure ou apporter leur concours. Des volontaires ont été recrutés au sein de bien des communautés culturelles, notamment parmi les immigrants de fraîche date et les Premières Nations. Des mineurs mentaient sur leur âge pour réussir à s’enrôler.

Trop jeune : le soldat William (« Billy ») Mitchell

Newfoundland Regiment, matr. 1500

Billy Mitchell, 15 ans, tente de s’engager dès la déclaration de guerre, mais il est trop jeune. En mai 1915, il essaie à nouveau et ment sur son âge. Il est enrôlé. Billy combat en France et est blessé à Beaumont-Hamel (1916), avant d’être affecté au recrutement à Terre-Neuve jusqu’à la fin des hostilités. Il a déjà confié à un journaliste qu’il « n’aurait pour rien au monde raté cette expérience ».

Inapte au service : Leonard Roberts

On dit que Leonard Roberts a marché plusieurs jours entre Seal Bank, au Labrador, et Battle Harbor dans le but de s’engager. Sa demande d’enrôlement est cependant rejetée au motif qu’il a les pieds plats, ce qu’on considère comme un handicap pour la marche. Leonard prend alors le chemin du retour – une randonnée de plus de 100 kilomètres (62 milles).

Immigrant: le soldat Edward Faour

Newfoundland Regiment, matr. 1075

À la fin du XIXe siècle, la famille d’Edward Faour a quitté le Mont-Liban, au Liban, pour St. John’s afin de fuir les persécutions religieuses et la pauvreté. Edward était commis de bureau lorsqu’il a décidé de s’enrôler. Outre-Atlantique, il est gazé et blessé. Rentré à St. John’s, il meurt dans la jeune trentaine des brusques complications respiratoires d’un rhume. Il était marié et avait deux jeunes enfants.

Ressortissant français : le caporal James George Washington Hagen

Newfoundland Regiment, matr. 978

Comme bien des habitants de l’archipel français de Saint-Pierre-et-Miquelon, James Hagen s’engage à St. John’s. Ce n’était pas le soldat idéal : il étirait ses permissions, désertait et a contracté des emprunts sous de fausses identités. Il se rachètera toutefois sur les champs de batailles, où ses exploits lui vaudront la Médaille militaire avec barrette. Il mourra d’une balle au cou, trois semaines seulement avant la fin de la guerre.

Appui aux soldats du front : May Furlong

Women ‘s Patriotic Association

Parfois surnommée « la fille du régiment », May Furlong est une commerçante de St. John’s, Lorsque ses affaires l’appelaient outre-mer, elle livrait messages et colis aux soldats du Newfoundland Regiment. Membre de la Women’s Patriotic Association, elle a organisé des collectes de fonds au pays et visité les familles des soldats. Après le conflit, elle dirigera la Great War Veterans Association’s Ladies Auxiliary, où elle se signalera en aidant les anciens combattants et leur famille.

Labradorien : le soldat Murdoch McLean

Newfoundland Regiment, matr. 3956

En dépit de la distance culturelle et géographique les séparant de l’île de Terre-Neuve, des Labradoriens ont joint les rangs du Newfoundland Regiment. Murdoch McLean était un pêcheur-trappeur de 24 ans de Gillis Port, dans la baie de Grois Water (aujourd’hui baie Groswater) au Labrador, avant de répondre à l’appel sous les drapeaux, comme plus de 70 autres Labradoriens. McLean a survécu à la guerre et retournera pêcher au Labrador.

Acadien de Terre-Neuve : le matelot John P. Chaisson

Newfoundland Royal Naval Reserve, matr. 2365X

Des Franco-Terre-Neuviens, comme John Chaisson qui vivait sur la côte occidentale de l’île, ont préféré la marine à l’armée. La mer était leur élément et beaucoup voulaient demeurer ensemble. Chaisson naviguera sur des vaisseaux-pièges, des navires camouflés en non-combattants et disposant d’armements dissimulés pour attirer et attaquer les sous-marins allemands. Il survivra à la guerre.

Marin de carrière : Fred Mills

Marine marchande

Fred Mills, de Carbonear, embarque sur la goélette Jorgina en 1917. Au retour d’une livraison de morue en Espagne, le navire est attaqué par un sous-marin allemand. L’équipage de six hommes, qui a reçu l’ordre d’abandonner le bateau, a regardé couler la Jorgina depuis un radeau de sauvetage. Ils rameront pendant six jours pour rallier le Portugal. Tous ont survécu.

Le Newfoundland Regiment

« Nous fûmes stupéfaits de voir le grand nombre de jeunes Terre-Neuviens vêtus de kaki [à St. John’s]. » Souvenir du soldat Hubert Ridgley, Royal Newfoundland Regiment, dans les années 1960

En moins de deux mois, la communauté s’est rassemblée pour habiller le nouveau Newfoundland Regiment. Une identité unique s’est formée sous le symbole du Caribou. Le régiment est devenu partie de l’Armée de terre britannique, récoltant de nombreux honneurs de guerre et se forgeant une réputation durable.

S’enrôler au loin

« [Le Terre-Neuvien] John Breen [...] intégra le 94e régiment canadien à Sydney [Nouvelle-Écosse]. » The St. John Daily Star, mai 1918

Des Terre-Neuviens et Labradoriens vivant ailleurs dans le monde se sont engagés dans leur pays de résidence. D’autres se sont déplacés à l’étranger pour s’enrôler aux côtés de parents ou d’amis déjà sur place. Ces insignes provenant d’uniformes australiens et canadiens, ainsi que ce calot américain, ont appartenu à des Terre-Neuviens. Engagés en Irlande, quelques Terre-Neuviens ont reçu une médaille comme celle-ci.

Beaumont-Hamel et le Sentier du Caribou