Vivre au pays avec la guerre

« Isolément, un bâton est [...] aisément brisé, mais un fagot de bâtons liés [...] ne peut être rompu. » The Distaff (publication de la Women’s Patriotic Association)
St. John’s, 1916

Les combats ont eu lieu outre-mer, mais pour ceux qui étaient sur le front intérieur, la guerre se passait à la maison. Après les batailles importantes, des foules se rassemblaient devant les bureaux télégraphiques pour savoir qui était porté disparu ou qui avait été blessé, ou tué. Les familles épluchaient minutieusement les rapports dans les journaux et attendaient des lettres, impatientes d’avoir des détails. Les gens parlaient continuellement de la guerre et cherchaient des moyens de la faire se terminer en victoire.

Les gens se rassemblaient, pour s’occuper des familles qui pleuraient leurs êtres chers et soigner les blessés renvoyés à la maison. Les enfants, les femmes et les hommes travaillaient ensemble et envoyaient ce dont les militaires avaient besoin : du réconfort de la maison, des vêtements, des bandages, de l’argent, et même des lits d’hôpitaux.

La Women’s Patriotic Association

« On ne saurait trop louanger les dames de Curling pour leurs efforts inlassables. » Archibald W. Piccott, ministre de la Marine et des Pêcheries
Février 1915

Organisées sous le nom de Women’s Patriotic Association (WPA) avec 218 succursales, les femmes de Terre-Neuve-et-Labrador ont vigoureusement appuyé la guerre. Elles ont recueilli plus de 500 000 dollars et produit ou collecté des articles en laine pour garder les militaires au chaud : plus de 62 000 paires de chaussettes, 8 900 paires de mitaines spéciales (mitaines laissant libre l’index pour appuyer sur la détente) et 22 000 cache-cols (écharpes).

« Nous sommes vraiment reconnaissants envers nos amies à la maison de tout ce qu’elles font pour nous [...] ces dames aimables qui travaillent tellement pour nous faire parvenir des vêtements et de petits luxes, nous ne les oublierons jamais. » Frank « Mayo » Lind, soldat, Newfoundland Regiment
Camp Stobs, Écosse
1915

Une femme tricote toute la journée
Une chaussette qui prend forme dans une pelote grise,
Ses doigts volent, ses aiguilles font écho,
Le bas grandit vite, si doux, si chaud,
« Pourquoi tricotes-tu aussi rapidement,
Chère femme au visage patient ? »
[...]
« Pour ceux que j’aime » – elle marque une pause,
« Ceux qui, de leur pays, portent les armes et la cause. »
[...]
« Et voilà pourquoi tout au long du jour,
Assise, je tricote tout d’un même tour,
Dans chaque bas, une prière que je tisse.
Que l’amour de Dieu préserve nos fils. »


Margaret Duley, A Pair of Grey Socks, St. John’s, 1916

Margaret (« Maggie ») Osmond

Mouvement de soutien au front

Maggie Osmond laisse une note avec son nom dans les chaussettes qu’elle tricote à l’intention des soldats outre-mer où sert son fils Douglas. En 1915, un soldat canadien en reçoit une paire. Il trouve Douglas et échange ses bas avec lui. Douglas a été tué en 1916.

Écrire, attendre, se poser des questions

« Comment pouvaient-ils affronter chaque jour sans savoir si leur fils était en vie? » Souvenirs de Carol Anne Andrews, petite-nièce du soldat Frederick White,
Newfoundland Regiment, mai 2014.
Frederick est mort le 1er juillet 1916

Il était difficile d’avoir des nouvelles des proches partis outre-mer : le courrier était lent et les informations, censurées. La nouvelle d’une victoire se répand rapidement dans toutes les communautés. C’est cependant par un homme de Dieu ou un enseignant qu’on apprend une blessure ou un décès. Dans les communautés, les gens se réunissent pour se soutenir mutuellement et faire leur part.

« Nous avons déjà organisé les enfants de Terre-Neuve [...] [Ils parrainent trente] lits dans une salle terre-neuvienne de l’hôpital de la Croix-Rouge et de l’Ambulance Saint-Jean au Tréport [en France]. » Lettre de sir Walter Davidson, gouverneur, à la secrétaire du Comité exécutif du Fonds des enfants de l’Empire, Mlle Menzies
19 mai 1916

Studio Holloway : photographies pour se rappeler

« Mon frère et moi avions commencé ensemble à travailler comme photographes, mais la guerre a éclaté. » Souvenirs de Mlle Elsie Holloway, 1946
Son frère, Bert Holloway, est décédé le 14 avril 1917.

Elsie et Bert Holloway, influencés par l’intérêt de leur père pour la photographie, ont fondé le Studio Holloway à St. John’s en 1908. Pendant que Bert servait à l’étranger, Elsie photographiait des soldats et des marins sur le chemin de la guerre. Ces photographies sont devenues de précieux souvenirs de famille. Après la mort de Bert, Elsie a continué l’affaire seule.

Difficultés au pays

« [L’Allemagne] cherche à détruire le commerce sans considérations pour la vie. » Sir Walter Davidson, gouverneur,
dans son journal, St. John’s, février 1915

La guerre soulève de nombreux défis sur le front intérieur. L’ennemi est-il parmi nous? Comment protégeons-nous notre littoral, nos gens? Quel genre de soutien pouvons-nous offrir à nos garçons et à l’Empire? Comment les familles feront-elles lorsque les principaux soutiens de famille partiront à la guerre? Comment pouvons-nous prendre de sages décisions – à la maison, au travail, en politique – sous de telles pressions?

La guerre nuit à notre gouvernement, à nos collectivités et à notre économie. Au fur et à mesure que les événements suivants se produisent, de nouvelles occasions se présentent, mais aussi de nouveaux problèmes. Pratiquement tout le monde est testé.

Beaumont-Hamel et le Sentier du Caribou