Le 1er juillet 1916

« La ligne de front de l’ennemi a-t-elle été capturée? » Question du lieutenant-colonel A. L. Hadow,
commandant du Newfoundland Regiment
« La situation n’est pas débloquée. » Réponse du quartier général de la Brigade,
Somme, France, le 1er juillet 1916

7 h 20
Les Alliés font exploser une mine sous les tranchées allemandes sur la crête Hawthorn. Le bruit est à couper le souffle, les gens l’entendent de Londres. C’est un signal que l’attaque commencera dans dix minutes.

7 h 30
La première vague des troupes alliées s’élance des lignes de front, chaque bataillon au moment prévu. Ils sont accueillis par un feu ennemi nourri.

Resté à 229 mètres (250 verges) derrière la ligne de front, le Newfoundland Regiment attend d’attaquer avec la deuxième vague à 8 h 40.

8 h 20
Les ordres du Régiment sont changés. L’attaque ne se déroule pas comme prévu.

« L’attaque a commencé une heure avant que nous sortions. Pendant que nous attendions dans la tranchée, des balles de mitrailleuses tombaient à nos pieds. » Souvenirs du sergent Anthony James Stacey
Newfoundland Regiment, années 1960

« À [7 h 20 le 1er juillet], en plus du bombardement, nous avons senti la secousse et le séisme alors que la terre devant Beaumont-Hamel [à la crête Hawthorn] a jailli dans les airs comme une fontaine. » Souvenirs du major et adjudant Arthur Raley, Newfoundland Regiment, 1921

« J’ai donné l’ordre d’avancer. Puis la ligne de front s’est avancée comme un seul homme et nous avons commencé. » Souvenirs du lieutenant-colonel A. L. Hadow
Newfoundland Regiment, dans les années 1950

8 h 45

L’ordre d’avancer arrive par téléphone. La tranchée de la ligne de front et quatre lignes de barbelés nous attendent devant.

9 h 15

Notre régiment fait surface sous un déluge de balles. Les seuls soldats en mouvement, ils visent les trouées dans les fils barbelés des Alliés. Les canons ennemis sont en feu.

Les hommes ont du mal à passer dans les brèches du fil, obstruées par les morts et les blessés. Ceux qui dépassent le fil barbelé jusque dans le « No Man’s Land » reçoivent la pleine puissance du tir ennemi. Ils avancent jusqu’à ce que plus personne ne soit debout.

Le lieutenant-colonel Hadow fait rapport : l’assaut a été un échec

« J’ai reçu une balle dans le poumon droit et j’ai pensé que c’était la fin [...] Je saignais beaucoup, le sang sortant surtout de ma bouche parce que je respirais. » Souvenirs du soldat Arthur Fred Osmond
Newfoundland Regiment, milieu des années 1900
« Les obus très explosifs pulvérisaient les morts et les blessés dans les trous d’obus. » Souvenirs du sergent Anthony James Stacey
Newfoundland Regiment, dans les années 1960
« C’était un piège mortel pour nos hommes, car les ennemis avaient réglé la visée de leur mitrailleuse là où les barbelés avaient été coupés et il ne leur restait plus qu’à tirer. » Souvenirs du sergent Anthony James Stacey
Newfoundland Regiment, dans les années 1960
Nous étions des cibles faciles, ni plus, ni moins, mais [...] les gars n’ont pas faibli d’un iota.
Souvenirs du lieutenant Ken Goodyear Newfoundland Regiment, dans les années 1950

Prêt pour la bataille

Avec un uniforme en laine épaisse et un casque, un soldat à Beaumont-Hamel est alourdi de 29 kilogrammes (65 livres) d’équipement standard, et souvent plus. Il transporte un fusil muni d’une baïonnette, des munitions, des grenades, un masque à gaz, des cisailles, de la nourriture, une gourde pour l’eau et une pelle-pioche.

Uniforme de l’infanterie

L’insigne d’épaule triangulaire est le symbole de la 29e division, à laquelle le Newfoundland Regiment appartenait.

Casque d’infanterie

Le blanc et le rouge sur le casque identifient le Newfoundland Regiment La lettre « B » permet de reconnaître la compagnie au sein du bataillon.

« Ils ont tous instinctivement rentré le menton dans l’épaule comme ils l’avaient si souvent fait quand ils luttaient pour rentrer à la maison par temps de blizzard dans un petit village côtier dans la lointaine Terre-Neuve. » Souvenirs du major et adjudant Arthur Raley
Newfoundland Regiment, 1921
« [Tous les hommes de la 29e division] portaient au dos une plaque [triangulaire] faite à partir de boîtes à biscuits afin que les officiers du renseignement, les pilotes d’avions, etc., puissent savoir où ils étaient et distinguer nos troupes de celles des ennemis. Cette plaque – quand un homme était blessé et se retournait – brillait au soleil, ce qui permettait aux tireurs d’élite de l’atteindre, et il ne pouvait ramper vers nous. Il ne pouvait qu’attendre la nuit sur place, et entre-temps, beaucoup de ces pauvres hommes avaient succombé. » Souvenirs du capitaine Sydney Frost
Newfoundland Regiment, 1966

Sergent Anthony James (« Jim ») Stacey

Newfoundland Regiment, matr. 466

Jim Stacey, estafette du régiment, utilise ce sac allemand, récupéré comme souvenir. Il a sans doute transporté dans ce sac les messages entre les officiers et le quartier général de Beaumont-Hamel, ainsi que les ordres d’avancer dans le « No Man’s Land » le 1er juillet.

Les tirs les plus meurtriers

Lors de la bataille de la Somme, les Allemands disposent de quatre fois plus de mitrailleuses que les Britanniques. Leur Maschiningewehr 08 (MG 08), comme celle-ci, tire 500 cartouches à la minute, et surchauffe souvent à cause de la vitesse de tir. Au moment où les hommes du Newfoundland Regiment sortent de leurs tranchés, ils sont abattus en quelques minutes.

« C’était incroyable! Les attaquants britanniques se frayaient un chemin au milieu de leurs propres morts et blessés, baïonnettes tenues bien haut, se dirigeant vers nous en descendant la pente. Nous avons simplement ouvert le feu une autre fois. En une demi-heure, ils étaient tous morts et mourants ou coincés et incapables de bouger. » Souvenirs d’un soldat allemand qui a combattu à Beaumont-Hamel

Signaux contradictoires

Les fusées éclairantes sont le signal convenu par les Britanniques de l’atteinte du premier objectif – la capture des tranchées allemandes. Mais les Allemands utilisent aussi de telles fusées pendant l’attaque, pour signifier qu’ils demandent des renforts. Voyant ces signaux, les commandants britanniques déduisent à tort que l’avancée se déroule comme prévu.

Beaumont-Hamel et le Sentier du Caribou