Beaumont-Hamel

France
Le 1er juillet 1916

« L’entraînement durait jour après jour. » Souvenirs du major et adjudant Arthur Raley
Newfoundland Regiment, 1921

Le « July Drive »

Après l’échec des Alliés à Gallipoli, le Newfoundland Regiment s’est regroupé en Égypte. En mars 1916, il fut envoyé en France pour renforcer le corps expéditionnaire britannique le long du front de l’Ouest — un tronçon de terre où l’avance allemande était arrêtée. Des lignes de tranchées ennemies s’étendaient de la Manche à la frontière suisse.

Le Régiment s’est joint à une offensive majeure pour sortir de l’impasse et vaincre les Allemands. Les Britanniques et les Français avaient prévu un « Big Push » (grande poussée) le long d’un tronçon de 24 kilomètres (15 milles) connu comme la Somme, avec environ 150 000 soldats.

Pour se préparer à cette attaque, le Newfoundland Regiment a aidé à bâtir et à fortifier des tranchées, des casemates, des routes et des chemins de fer. Les hommes acheminaient des approvisionnements à la ligne de front et ils ont ouvert des passages dans leurs propres lignes pour permettre aux troupes qui avançaient de se déplacer rapidement dans la zone neutre, surnommée le « No Man’s Land ». Au début du mois de juin, ils ont commencé à suivre un entraînement sans relâche afin de pouvoir jouer leur rôle pendant l’assaut, plus tard connu sous le nom de « July Drive » (l’assaut de juillet).

Guerre sans issue

Guerre sans issue : escarmouches mortelles, peu de succès. La planification et l’entraînement commencent pour le « Big Push », visant à réorienter la dynamique de la guerre.

Lors d’un bombardement sur les Allemands pendant toute une semaine, le Newfoundland Regiment participe aux raids et à la collecte de renseignements leur permettant de savoir si les bombes détruisaient les défenses ennemies. Elles ne le faisaient pas.

La bataille a quand même lieu.

« Le moment de la grande avancée approche à grands pas. » Frank Summers, capitaine et intendant, Newfoundland Regiment, dans une lettre à ses parents, envoyée de Beaumont-Hamel le 18 juin 1916.

Frank fut mortellement blessé le 1er juillet 1916.

Le 30 juin

« Cela ressemblait carrément aux dernières minutes dans les vestiaires avant un match de football important. » Souvenirs du major et adjudant Arthur Raley
Newfoundland Regiment, 1921

Le Big Push est prévu pour le lendemain et des renforts arrivent, y compris de nouvelles recrues sans expérience.

21 h 30

Le régiment marche vers « St. John’s Road », une tranchée de soutien à proximité du front à Beaumont-Hamel. Impatients, nerveux et prêts, les hommes somnolent, écrivent à leurs proches, fument, discutent, vérifient leur équipement, rédigent leur testament, prient.

Lieutenant-colonel Arthur Lovell (« A. L. ») Hadow

Newfoundland Regiment

Soldat de carrière dans l’armée britannique, Arthur Hadow assure le commandement du Newfoundland Regiment en 1915 Il dirige le régiment à Beaumont-Hamel. Leader strict, Hadow inspire des sentiments mitigés au sein du régiment. Épuisé, il abandonne le commandement en novembre 1916, le reprend en mai 1917 et prend sa retraite en décembre 1917.

« Si un régiment a jamais été prêt pour la bataille, c’était le cas du Newfoundland Regiment ce jour-là. » Souvenirs du major et adjudant Arthur Raley
Newfoundland Regiment, 1921

Guerre de tranchées

Les armées en guerre creusent de vastes réseaux de tranchées le long du front de l’Ouest. Celles-ci protègent les soldats des shrapels et des balles. Entre les tranchées alliées et allemandes se trouve le « No Man’s Land », champ de bataille que les soldats traversent pendant une attaque.

« Encore neuf minutes [...] Encore huit minutes [...] Chaque minute semblait une éternité. » Souvenirs du soldat Howard Morry
Newfoundland Regiment, milieu des années 1900

Diriger l’action

Pour le Big Push, tous les moindres détails sont planifiés et testés. Les commandants dirigent le mouvement malgré un vacarme incroyable et la distance entre les troupes. Le 1er juillet, ils synchronisent leurs montres et font le décompte. Enfin, un sifflement comme celui-ci perce à travers les tirs d’obus et indique au régiment : « Ça y est, les gars. »

Lieutenant Owen Steele

Newfoundland Regiment

Pendant le temps mort qui précède l’attaque de Beaumont-Hamel, Owen sculpte ce presse-papier en craie, commune dans la Somme. Resté derrière avec la réserve, qui compte pour 10 pour cent du régiment, il ne sortira pas des tranchées le 1er juillet, mais, blessé par un obus le 7 juillet, il décède le lendemain.

Penser aux proches

Les dernières pensées avant de passer à l’attaque se tournent souvent vers les êtres chers. De nombreux soldats écrivent des mots rassurants à leurs proches. Leurs notes sont particulièrement chéries s’ils n’ont pas survécu. Certains soldats rédigent de courts testaments avec leurs derniers vœux – leurs livrets militaires contiennent d’ailleurs une page à cette fin.

Soldat Ernest Chafe

Newfoundland Regiment, matr. 709

Ernest Chafe de St. John’s avait 23 ans quand il s’est enrôlé. Quelques jours avant la bataille du 1er juillet, il a écrit à sa mère que s’il était tué, ce serait pour une bonne cause. Il est mort à Beaumont‑Hamel et ce sont ses derniers mots.

Transcription d’une carte postale envoyée par le soldat Edward Faour, Newfoundland Regiment

Écrit au dos :

France, 26 juin 1916
Chère maman, Une simple carte pour dire que je vais très bien et que j’espère qu’il en est de même pour toi. Je suis en repos dans la zone de la réserve. Comment va tout le monde à la maison? Je suppose que tu sais que Joe Shine [Sheen] a été blessé. Je vous aime tous. Je vais écrire de nouveau bientôt,
Bien affectueusement,
E Faour, soldat, matr. 1075

[Edward et Joe ont survécu à la guerre.]

Transcription d’une note personnelle de Frank Woodford, soldat, Newfoundland Regiment

Si je meurs sur le champ de bataille, veuillez en avertir Mlle Bethsa [sic] Morton
1a Pilrig Place
Édimbourg
Écosse
N.B. [«nota bene » = remarque]
Signé Sold. F. Woodford
NFLD Batt [bataillon de T.-N.]
Reg No. 364

Beaumont-Hamel et le Sentier du Caribou