Conséquences au pays

« Maintenant, enfin, après quatre ans et demi, c’était terminé. Tous se sont remis à penser au retour à la maison et à la vie civile. » Souvenirs du matelot Archer Peddle
Newfoundland Royal Naval Reserve, vers 1900

La fin de la guerre apporte joie, soulagement et une grande reconnaissance. Les gens parlent avec fierté de « nos garçons », de ce qu’ils ont fait et de la façon dont ils se sont battus. Une prise de conscience importante du coût de la guerre obscurcit toutefois la vie quotidienne; et le coût augmente au fur et à mesure que le temps passe.

Beaucoup de ceux qui reviennent d’outre-mer sont blessés dans leur corps, mais également dans leur âme. Au pays, tout est fait pour les prendre en charge et rendre hommage à ceux qui sont morts. Nous sommes en deuil, nous organisons des cérémonies et érigeons des monuments commémoratifs. Les gens cherchent des moyens de guérir et de participer à la convalescence du monde.

Au début, les énergies se concentrent pour aider les personnes touchées par le conflit à s’adapter à leur vie d’après-guerre. Mais au fil du temps, les problèmes continuent de croître et les réponses sont limitées. Bien des gens attribuent notre échec à prospérer en temps de paix à la Grande Guerre.

Retour à la vie civile

« Je ne demande pas au conseil de me prendre en charge, je demande simplement justice. » Aubrey Wilson Loveys, vétéran du Royal Newfoundland Regiment, dans une lettre à J. A. Clift, président du conseil des Commissaires aux pensions, 3 juin 1920

Lentement, ceux qui ont servi outre-mer rentrent au pays, mais ils ne sont plus les mêmes et le pays non plus. De nombreux blessés ne peuvent pas reprendre leur ancien emploi ou ont besoin de soins. Ils n’arrivent pas à faire face aux souvenirs qui les hantent ou à ce qu’ils doivent faire ensuite. Des familles sont dépourvues de pères, de frères et de fils.

Les hommes et les femmes qui ont occupé de nouveaux rôles pendant la guerre ont du mal à revenir à leurs anciens rôles. Les églises et les groupes de bénévoles apportent de l’aide. Mais le chagrin et le malaise sont partout et une série de gouvernements en difficulté n’arrive pas à répondre aux demandes croissantes.

Le retour

« Cela semble impossible [...] de trouver un emploi en raison, je pense, de ma blessure. » Aubrey Wilson Loveys, vétéran du Royal Newfoundland Regiment, dans une lettre à R. A. Squires, premier ministre de Terre-Neuve, dans laquelle il demande du travail, 15 mars 1921.

Il finit par trouver un poste au palais de justice.

Au moment de leur démobilisation à St. John’s, soldats, marins et forestiers obtiennent des vêtements civils (ou l’équivalent en argent), la paie pour leurs mois de service, de l’aide pour trouver un emploi et le transport à la maison. Mais la « maison » a changé et eux aussi. Nombreux sont ceux qui ne peuvent reprendre leur ancienne occupation et ont besoin de soins ou d’un nouveau type d’emploi.

La fin de la guerre apporte de nouveaux défis

« Cigares, cigarettes, bouquets de fleurs, même, nous pleuvaient littéralement dessus. » Souvenirs du soldat Hubert Ridgley à propos de l’arrivée du régiment à Londres au début de 1919
Royal Newfoundland Regiment, années 1960

Les combats se terminent le 11 novembre 1918. Le traité de Versailles est signé le 29 juin 1919, mettant officiellement fin à la guerre. Soldats, marins et volontaires commencent à rentrer. Au soulagement et à la fierté ressentie devant l’accomplissement de notre peuple se mêle la question « Et maintenant? »

Épouses de guerre

« Je connaissais Mlle L. Irvine [...] et je crois qu’elle est entièrement franche et honnête. » Révérend Charles H. Coe, recteur d’Offham, au Bureau londonien du Royal Newfoundland Regiment, 30 septembre 1918.
Cette lettre de référence appuie la fiancée du sergent Walter Jewer pour qu’elle puisse être l’« épouse de guerre » de ce dernier.

Loin du pays, soldats et marins nouaient souvent des relations avec des femmes rencontrées outre-mer, et certains se sont mariés. Même avant le retour de la paix, ces « épouses de guerre » se sont rendues à Terre-Neuve et ont établi un foyer dans des collectivités et des circonstances souvent très différentes de ce qu’elles connaissaient et de ce qu’on leur en avait dit.

Lily Violet Jewer (née Irvine)

Cuisinière au sein du Women’s Army Auxiliary Corps

Lily Irvine, 18 ans, originaire d’Offham, dans le Kent, servait au sein de l’armée britannique quand elle a rencontré et épousé Walter Jewer, soldat du Newfoundland Regiment convalescent en Angleterre. En 1919, Lily a emballé de précieuses possessions, dont ce coffre, cette chemise et ce bol, et traversé l’océan pour s’établir dans la petite municipalité de Botwood, à Terre-Neuve.

Symboles du service

Tous ceux qui ont servi outre-mer ont vu leurs efforts reconnus par des épinglettes et des certificats prouvant leur démobilisation. Nombreux sont les vétérans qui les portent ou les affichent fièrement, pour montrer qu’ils ont participé à la Grande Guerre. D’autres les rangent et tentent d’oublier des temps difficiles.

Great War Veterans Association (GWVA)

« Le resserrement des liens entre les soldats de retour du front et les volontaires refusés. » Raison d’être de la Soldiers and Rejected Volunteers Association (puis la GWVA), citation du registre des délibérations, St. John’s, 11 avril 1918

Formée en avril 1918, la Great War Veterans Association était au service de tous ceux qui ont participé à la guerre ou qui en ont subi les conséquences. Elle réclamait des emplois, un accès à des formations et de meilleures prestations de retraite pour les vétérans malades, blessés ou démunis, et recueillait de l’argent pour les familles des combattants morts.

Capitaine Gerald Joseph Whitty

Royal Newfoundland Regiment

Blessé à deux reprises, Gerald Whitty est revenu du front traumatisé par les bombardements. Il a vécu un retour difficile, mais il a trouvé du travail en 1920 comme secrétaire-trésorier de la Great War Veterans Association of Newfoundland. Il deviendra un important défenseur de la cause des vétérans, aidant à recueillir de l’argent et dirigeant le Veteran Magazine. Il a été frappé par une voiture et tué en 1924.

Sergent Thomas Joseph Flynn

Royal Newfoundland Regiment

Thomas Flynn, blessé en 1917, est rentré à la maison traumatisé par les bombardements. Trop nerveux pour faire fonctionner les machines qu’il utilisait auparavant dans une fabrique de vêtements de St. John’s, il a déménagé à New York où, pendant trois ans, il a travaillé dans la boucherie représentée dans la photographie. Il est rentré à Terre-Neuve en 1932 et a accepté un poste pour le chemin de fer.

Civil Re-Establishment Committee

« Ils n’ont pas eu autant de difficultés à m’enrôler dans l’armée que j’en ai eu à obtenir les quelques dollars qui me sont dus. » Soldat John C. Butt
Royal Newfoundland Regiment, vers 1918

La Loi sur la Milice de 1917 du gouvernement de Terre-Neuve instaure un Civil Re-Establishment Committee dont les rôles sont d’évaluer les combattants de retour au pays, de leur trouver du travail, de leur donner une formation, particulièrement pour ceux qui ne peuvent reprendre celui qu’ils avaient avant. Les demandeurs sont rencontrés rapidement, mais le travail de bureaucratie qui s’ensuit prend souvent beaucoup de temps, et résulte en inaction ou refus d’aide.

S’occuper des familles

« M. Baker [...] [a perdu] ses deux fils, de qui dépendait sa survivance. » Lettre au premier ministre Richard A. Squires de William Halfyard, député de Fogo
St. John’s, 29 mai 1920

Certains hommes ne sont jamais revenus et leurs familles ont dû continuer sans eux. Le gouvernement a offert des pensions, mais il a fallu souvent des années pour régler les détails. Avec des moyens réduits, la vie est devenue difficile pour de nombreuses familles. Certaines veuves appauvries ont même dû se séparer de leurs enfants parce qu’elles ne pouvaient subvenir à leurs besoins.

Harry White

Fils du soldat Frederick White, du Newfoundland Regiment

Harry White n’a pas connu son père, parti outre-mer avec le Newfoundland Regiment avant la naissance de Harry et tué à Beaumont-Hamel, en France. Âgé de sept ans et vivant avec ses grands-parents à Twillingate, Harry donne un dollar à la campagne de construction du monument commémoratif à l’endroit où son père est mort.

Beaumont-Hamel et le Sentier du Caribou